'Nous on vous tu(e)'

La guerre (pacifique) des pronoms personnels

Translated title of the contribution: We kill you: the (peaceful) war of personal pronouns

Bert Peeters

Research output: Contribution to journalArticle

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Abstract

Grafström (1969, 275) se rappelle vivement le jour, en 1948, où, lors d'un voyage en autocar, désireux d'entamer la conversation avec une dame et sa «jolie fille», il leur demanda, «faute de mieux»: «Vous êtes de Paris, mesdames?». La mère lui répondit: «On est de Lyon, monsieur». Un an plus tard, Cohen (1970, 129–130) observa que, dans la phrase Nous sommes de Tours, le pronom on serait «forcé»; en revanche, «on concevrait bien, au cours de la conversation: ‹Nous, on est de Tours› ». On…, nous…, nous…, on…: il existe désormais trois façons de renvoyer, dans la langue parlée contemporaine, à la première personne du pluriel. Si, dans l'usage écrit et, de façon plus générale, quand on s'exprime de façon formelle, nous reste la norme, on paraît à ce point avoir pris la place du pronom traditionnel dans la conversation de tous les jours que son statut de pronom indéfini s'est affaibli et qu'il n'est plus possible d'assurer qu'un on indéfini soit systématiquement compris comme il faut. Aussi constate-t-on que d'autres pronoms sont de plus en plus souvent mis à profit: des pronoms dont l'emploi générique, plutô t que d'être nouvellement acquis, connait une soudaine extension concomitante avec l'affaiblissement de la valeur indéfinie du pronom on. À l'heure actuelle, tu et vous s'emploient avec une certaine régularité là où, dans un usage plus soigné et plus formel, on s'attendrait à un on indéfini: «Il y a des vieux que si tu leur dis qu'une boîte de Temesta tu peux pas leur donner, ils te font un scandale»; «Vous allez voir deux Français de France, puis ils parleront pas tous les deux pareil». Le premier exemple est de Blanche-Benveniste (1994, 85), le second de Laberge/Sankoff (1979, 425). Temesta est le nom d'un médicament. L'hypothèse avancée ici pourra être rapprochée de celles de Coveney (2003) et de Fonseca-Greber/Waugh (2003), dont nous n'avons connu le travail qu'après avoir rédigé une première version du nôtre. Coveney renvoie en outre à Ball (2000, 67), aux yeux de qui le «débordement» de on a été remédié par le recours à un tu indéfini, plus conversationnel, destiné à réduire la panoplie de fonctions associées au pronom on.
Original languageFrench
Pages (from-to)201-220
Number of pages20
JournalZeitschrift für Romanische Philologie
Volume122
Issue number2
DOIs
Publication statusPublished - 2006
Externally publishedYes

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